Imagerie du tenseur de diffusion (IRM TD) et traumatisme crânien

L’IRM TD permet d’évaluer lésions et fatigabilité après traumatisme crânien

logo de l'association cassetet22 entraide TCNous vous présentons la vidéo de la conférence du professeur Denis Ducreux:  

“ l’imagerie du tenseur de diffusion et traumatisme crânien: état de l’art et perspectives”

réalisée au cours de l’assemblée générale de l’association cassetete22 entraide TC en octobre 2021.

Une présentation pédagogique pour un sujet très complexe.  Elle donne un aperçu des possibilités actuelles de l’IRM  du tenseur de diffusion qui est capable de donner des réponses aux traumatisés crâniens légers. Pour ces derniers l’Imagerie classique ne présentant pas d’anomalie… c’est l’errance médicale et juridique.

Pourtant il est possible de détecter des lésions et d’orienter ainsi  les patients vers une rééducation adaptée. 

Déjà en place dans la plupart des CHU, ces machines manquent souvent de personnes compétentes pour faire les examens approfondis qu’elles permettent.

 

pendant sa conférence sur l'IRM tenseur de diffusion

Vidéo de la Conférence du Pr D. DUCREUX

 LA VIDEO IRM TD et Trauma Crânien

 

 

https://www.youtube.com/channel/UCRpsXdiEaE4qOEITko9TXjA

Trauma crânien et IRM TD: Le Pr D. Ducreux répond à vos questions.

 

20 ans après le traumatisme crânien peut on encore récupérer?

Philippe : Je suis traumatisé crânien suite à un accident de piscine depuis 2000, diagnostiqué en 2012 et aujourd’hui. Le diagnostic est établi mais en termes de traitement, on recherche tous une solution au traumatisme crânien dit léger : on fait comment après ? Est-ce que vous avez des pistes, au long-court même 20 ans après, est-ce que j’ai encore des possibilités de récupérer, si oui, comment et en faisant quoi ?

 

Pr. Denis DUCREUX :
Alors, on a toujours des possibilités de récupérer. Plus on va avancer en âge, en fait, moins on va récupérer, mais on va toujours récupérer quelque chose. Quand je voyais les patients, je leur conseillais d’acheter un livre qui s’appelle « 140 exercices de remédiation cognitive pour les patients cérébrolésés » (éd. De Boeck) où il y a plein d’exercices à faire au quotidien qui permettent de muscler son cerveau. Le secret pour récupérer, c’est très simple, il suffit de faire travailler son cerveau tout le temps et je donnais à mes patients des petits trucs que je vais vous donner, par exemple, lorsque vous vous endormez le soir, juste avant quand vous fermez les yeux, vous vous repassez tout ce que vous avez fait dans la journée en détail. Vous essayez de vous en souvenir. En faisant ça, vous faites marcher votre mémoire, votre concentration, en plus ça va vous endormir très rapidement. C’est un somnifère naturel, mais vous faites ça tous les jours et vous allez voir, au bout d’un certain temps, une amélioration de vos facultés de concentration et de mémorisation. L’idée, c’est de faire travailler son cerveau, vraiment. Et il n’y a pas de vacances pour le cerveau, c’est-à-dire que les exercices que vous faites, que vous devez faire, c’est tous les jours. En fonction des symptômes que vous avez, il faut réadapter cette rééducation, c’est pour ça que je conseille ce livre « 140 exercices de remédiation cognitive pour les patients cérébrolésés ».

C’est un livre qui est disponible partout, à la FNAC, sur AMAZON etc, c’est un livre qui est très bien. Donc, oui, vous pouvez récupérer, il faut faire travailler son cerveau et il faut le faire travailler dans la zone où vous avez besoin ; ça ne sert à rien de faire des exercices de verbalisation, des exercices de langage si vous n’avez pas de problème pour parler. Mais si votre problème est situé par exemple, dans le repérage dans l’espace, il faut faire des exercices visuels. Il faut cibler la thérapeutique, il n’y a que vous qui savez en fait, quels sont vos symptômes et donc, avec ce livre, vous pouvez, dans un premier temps progresser.
Deuxièmement, en ce qui concerne les problèmes d’irritabilité, d’anxiété et de dépression, ça on ne peut pas travailler tout seul, il faut vraiment se faire aider, faut trouver un praticien, quel qu’il soit, psychologue, psychothérapeute, psychiatre, ça n’a pas d’importance, mais quelqu’un qui avec qui vous allez avoir confiance et avec qui vous allez ressentir une relation, un lien en fait, de confiance et grâce à ce lien, vous allez pouvoir exposer déjà vos symptômes. Ce praticien va pouvoir vous donner des trucs qui vont vous permettre de vous améliorer, de contrôler vos émotions, etc.
C’est un travail de longue haleine, mais même 20 ans, 30 ans après, le cerveau, il est plastique donc on peut toujours le modifier. Alors, plus on va en âge et plus cette plastique va être un peu plus dure, ça va être plus compliqué mais on peut toujours modifier et toujours s’améliorer. Par contre, il faut travailler. Son cerveau, il doit toujours, toujours, toujours travailler.

 

Philippe : J’ai lu récemment dans la presse locale un article qui parlait de stimulation magnétique  transcrânienne,qu’est-ce que vous en pensez ?

Pr. Denis DUCREUX:
Je pense que c’est une bonne technique, ça marche bien sur d’autres pathologies, maintenant, cela a un effet transitoire, donc ça peut marcher un certain temps, faut faire des séances qui sont répétées, rapprochées mais l’effet va s’estomper. A mon sens, le meilleur effet, c’est de travailler soi même sur son cerveau, c’est-à-dire de faire travailler son cerveau avec des exercices au quotidien qui pointent sur les déficits que l’on peut avoir.

Philippe : Est-ce que vous connaissez la technique de neuro feed-back ? Elle est utilisée au Canada depuis des années pour des personnes qui ont des symptômes post-traumatiques. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Pr. Denis DUCREUX :
Je vais vous répondre d’une manière générale. Quelle que soit la technique que vous utilisez, que ce soit du neurofeedback, de l’hypnose, des exercices de remédiation cognitive, de la psychothérapie, etc., la technique que vous utilisez et qui a un effet sur vous positif est la bonne. Donc quel qu’elle soit, la stimulation magnétique transcrânienne, neurofeedback ou autre, il faut que vous puissiez utiliser une technique avec laquelle d’une part, vous êtes en confiance et d’autre part, qui donne des résultats positifs, peu importe la technique dès l’instant que pour vous, elle est efficace, c’est ce qui compte.

 

Frédéric :Par expérience, la pratique du sport régulièrement renforce la capacité de récupération

Pr. Denis DUCREUX:
Oui, tout à fait, le sport c’est très bien dans la mesure où ça permet d’oxygéner son cerveau et de focaliser son attention sur quelque chose que l’on fait. Ça aide à la concentration, ça aide tout simplement à la bonne oxygénation. Deuxièmement, ça permet de faire circuler le sang, d’évacuer les toxines puis troisièmement, quand on arrête de pratiquer ça génère un bien être. Donc en général, se faire plaisir, se sentir bien, c’est aussi un premier pas vers la récupération. Quand on est bien, les choses vont beaucoup mieux spontanément. Quand vous faites les exercices de remédiation cognitive conseillés, il faut également, à côté, se faire plaisir. Se faire plaisir, ça permet réellement de se sentir mieux et donc de récupérer.

 

Ina: Les exercices (remédiation) à pratiquer sont-ils à faire sur des moments à part ?

Pr. Denis DUCREUX:
Oui, il faut s’isoler, c’est mieux de faire ça quand on est calme, tous les jours et gérer son quotidien avec ses limites. Les exercices quand vous les faites le soir, quand vous vous endormez, vous repensez à ce que vous avez fait dans la journée. Quand vous allez faire vos courses par exemple, vous écrivez la liste des commissions et quand vous êtes dans le magasin, vous essayez de vous rappeler, sans regarder la liste, ce que vous devez acheter. Quand vous marchez dans la rue, que vous voyez une voiture qui passe, vous pouvez essayer de mémoriser sa plaque d’immatriculation et puis 5 minutes plus tard, vous essayez de vous rappeler qu’elle était la plaque d’immatriculation de cette voiture. C’est l’utilité des exercices au quotidien en faisant marcher votre cerveau tout au long de la journée, et bien vous allez récupérer.
Quand vous faites les exercices, l’idée, ce n’est pas de s’épuiser, l’idée c’est d’avoir le sentiment de faire des efforts.Donc, ça ne doit pas être dur mais ça doit être difficile. Comme on dit quand on fait du sport « no pain, no gain ». S’il n’y a pas un peu de souffrance, il n’y a pas d’amélioration. Pour l’exercice du cerveau, c’est exactement pareil. Faut que ce soit un peu difficile. Jour après jour, vous verrez, ça devient plus facile. Quand ça devient plus facile, il faut changer de niveau avec quelque chose de plus dur. On ne va pas courir un marathon alors qu’on n’a jamais fait de la course.Vous pratiquez, petit à petit, tous les jours puis au bout d’une semaine, un mois, trois mois, ce sera très simple, vous augmentez la difficulté, c’est comme cela qu’il faut faire.

 

Comment l’IRM TD mesure-t-il la fatigabilité ?

Jean-Philippe : Je sais que si j’ai pu me reposer suffisamment, je vais démarrer ma journée avec mes capacités opérationnelles ; un peu « comme avant ». Mais, par exemple, lorsque je travaillais à préparer cette assemblée générale, quand j’avais passé une heure et demie à rédiger, l’attention avait fortement baissé, et plus j’avance dans la journée, en fonction du type d’activité que j’ai, je peux terminer comme un « zombie » en fin d’après-midi.

Comment vous mesurez vous cette différence entre le début et la fin Parce que dans le cadre des tests neuropsychologiques que j’ai passés, qui durent une heure et demie, au début, très bien, puis on voit une nette fatigabilité en fin. D’après le score moyen établi entre performance début et fin il n’y a pas de problème ! Sauf que en général, le neuropsychologue n’est pas avec nous pour voir notre état en fin de journée.

 

Pr. Denis DUCREUX :

En fait, avec cette technique on met en évidence la fatigabilité d’un circuit. On va estimer deux choses. On va estimer son efficience, c’est-à-dire, est-ce que le circuit est utilisé à fond et puis, ensuite, on va estimer sa fatigabilité, c’est-à-dire le fait que quand vous utilisez un circuit, une fonction cérébrale, cette utilisation dans le temps va chuter. Donc on met en évidence la fatigabilité et l’efficience d’un circuit, c’est ce que je faisais à l’hôpital sur 408 fonctions. Donc, à un instant « t », en fait, dans la machine vous ne faites rien, c’est l’algorithme informatique qui utilise l’intelligence artificielle qui va aller tester chacun des circuits qu’il connaît, 408 fonctions. Il n’y a pas que ça, il y a des centaines de milliers de fonctions dans le cerveau mais l’algorithme informatique il en établi 408 et donc il va aller regarder comment l’information circule et il va aller « scorer » si cette information circule moins bien au fur et à mesure que le temps passe dans la machine . C’est comme ça que l’on calculait le score d’efficience de la fonction et sa fatigabilité, donc effectivement, on peut le faire avec cette technique. L’image que j’adorais prendre, c’était celle des réseaux routiers. On imagine que le cerveau ce sont des villes, (ça, c’est la substance grise), et ces villes elles vont échanger des informations par des routes, (et ces routes, c’est la substance blanche). Donc on va aller étudier comment les villes produisent l’information par l’IRM fonctionnel d’activation, et on va étudier comment l’information circule dans les routes, et ça c’est la tractographie. Le fait d’étudier comment une zone du cerveau produit de l’information, on peut le faire dans la machine, ça ne dépend pas de ce que vous faites,  vous. C’est comment le cerveau fonctionne « en général » et après c’est comment le cerveau va échanger ces informations par les routes. Quand une route, elle est un peu abîmée, et bien, ça crée des embouteillages. Des embouteillages, c’est tout simplement, vous commencez à faire quelque chose et puis vous êtes fatigués, rapidement fatigué, c’est ça la fatigabilité.

L’information, elle est bien produite mais par contre, elle circule mal et plus le temps va avancer et plus elle circule mal. C’est exactement comme un « bouchon » sur la route. Et puis, le fait d’avoir des difficultés à faire quelque chose, c’est qu’au départ, il manque de la production d’information. Donc là, c’est une autre zone du cerveau qui est impactée. Avec ce type d’analyse, on peut, même si vous ne fait rien dans la machine, on peut aller « scorer » différentes zones du cerveau dont on sait qu’elles participent à telle ou telle fonction cérébrale.

En résumé: La connectomique montre cela : 

 

– la tractographie (connectomique structurelle) fait l’état des routes de l’information, et montre les zones altérées ou détruites

 

 

 

 

– l’IRMf d’activation (connectomique fonctionnelle) montre comment fonctionne les zones de production de l’information

 

 

 

 

– la connectomique effective (la somme des deux) montre l’efficacité (la rapidité, l’efficience et l’homogénéité) de la production et de la circulation de l’information d’un point A à un point B, puis un point C, etc… La succession des points représentant une fonction cérébrale (carte GPS du cerveau).

 

 

 

Peut-on vraiment espérer tout récupérer après un TC léger?

Pr. Denis DUCREUX:

Non, sauf si, on a très peu de difficultés et de symptômes. En général, on ne récupère pas tout. Par contre, la nature est vraiment très bien faite : vous perdez quelque chose mais vous allez gagner autre chose. Le fait de la plasticité cérébrale, le fait de redistribuer les fonctions dans son cerveau, vous allez perdre quelque chose mais en contrepartie vous allez gagner quelque chose que vous ne faisiez pas avant. Donc, on perd d’un côté mais on gagne de l’autre.

 

Jean-Philippe: On peut espérer récupérer son boulot alors ?

Pr. Denis DUCREUX:

Ah, son travail, c’est sûr que c’est compliqué. Effectivement, d’un point de vue humain, c’est un drame et d’un point de vue professionnel c’est compliqué, il faut que les patrons soient conscients du problème et que les patients puissent avoir des aménagements, avec par exemple le mi-temps thérapeutique mais ça c’est pas possible pour tout le monde.

 

Anne-Lise : Vous avez dit « on perd quelque chose mais on gagne autre chose ».

Pr. Denis DUCREUX:

Oui, un exemple très connu et spectaculaire aux USA, un traumatisé crânien qui a eu pendant des années des difficultés pour se concentrer mais qui a gagné la possibilité de jouer de la musique. Il a gagné la fonction de l’oreille musicale absolue et après il est devenu un véritable virtuose. C’est l’exemple le plus médiatique. D’autres exemples un peu plus parlants chez d’autres patients traumatisés crâniens, ils ont eu leur capacité d’intuition qui se sont révélée augmentée. Et donc, ils étaient en capacité presque de pouvoir deviner dans certaines circonstances ce qui allait se passer pour eux ou pour d’autres personnes dans un futur proche. Donc, là aussi, ce sont des exemples criants. Après, vous pouvez avoir par exemple des difficultés de mémorisation, avant vous pouviez avoir des difficultés de se repérer dans l’espace, « mais quel est mon chemin » et après le traumatisme crânien les difficultés de mémorisation peuvent s’être accrues mais votre capacité de vous repérer dans l’espace, comme par magie, c’est venu d’un coup. En fait, c’est dû à la plasticité cérébrale, à la réorganisation des circuits. Donc, on ne peut pas prévoir à l’avance pour une personne comment les choses vont se redistribuer, on ne peut pas prévoir quel est le pourcentage de perte d’une fonction que la personne peut avoir mais ce qui est certain c’est que la redistribution va faire que certaines fonctions vont être mieux qu’avant, parfois même, vont apparaître. Il y a une amélioration d’un côté et il y a au contraire une stagnation, voire une diminution de l’autre côté. C’est un équilibre.

 

Pourquoi après tant d’années l’accès à l’IRM TD n’est pas plus développé 

Nadette AFTC 22: Je voulais poser la question des accompagnements juridiques puisque c’est sur ce point là que nos actions se portent au niveau des AFTC. Cet examen n’a pas de nomenclature et on peut s’étonner quand on vous entends parler de 15, 20 ans de travail, de recherches au niveau de cette imagerie que moi je considère très importante puisque plusieurs adhérents de l’AFTC22 l’ont pratiqué. Mais là, actuellement, nous avons un cas très compliqué que je suis et donc les experts disent, bien sûr, que cette personne relève de la psychiatrie. 

Donc, il faudrait arriver à lui faire passer un IRM Tenseur de diffusion mais quand les avocats, eux-mêmes, ne reconnaissent pas vraiment cet examen, comment peut-on faire et en plus, il n’y en pas en région. Vous parliez de Paris, de Grenoble, mais pourquoi depuis tant d’années, l’accès à cet examen n’est pas plus développé ?

 

Pr. Denis DUCREUX :

Concernant les avocats, il faut se tourner vers des avocats qui sont sensibilisés à ça. Il ne faut pas aller prendre un avocat qui n’y connait rien car ça ne va pas marcher. Après, concernant pourquoi il n’y en a pas en région, en fait c’est très simple, c’est une technique qui est extrêmement complexe et qui nécessite énormément de connaissances. Donc il y a peu d’experts, moins d’une dizaine en France.

Pourquoi ce n’est pas répandu, ? Parce que dans certaines régions il n’y a pas d’expert, de personnes autant intéressées que moi à la technique. Moi, c’est « ma vie mon œuvre » on va dire ! J’ai fait quasiment toute ma carrière sur la tractographie, donc c’est pour ça que j’ai des résultats que d’autres n’ont pas. La technique, je la connais et je la maîtrise suffisamment pour pouvoir avoir créé mes propres solutions d’analyse. Les algorithmes informatiques, c’est moi qui les ai faits, c’est le résultat de toutes mes recherches. Faut avoir beaucoup travaillé sur le sujet et connaître des tonnes de choses. C’est compliqué, donc il y en a quand même quelques-uns à Paris bien sûr mais en province aussi.

A Montpellier, il y a une personne qui fait ça, Nicolas MENJOT DE CHAMPFLEUR, à Grenoble, Alexandre KRAINIK, à Bordeaux l’équipe de Vincent DOUSSET, sur Paris, il y a la Pitié Salpêtrière, Saint Anne où il se fait également de la tractographie. On va dire, là où il y a des CHU (Centre Hospitalier Universitaire), c’est là où vous pouvez trouver des personnes qui potentiellement pourront faire cet IRM tenseur de diffusion. Maintenant, ces personnes utilisent des logiciels qui ne donnent pas forcément des résultats aussi précis que ceux que moi je peux montrer parce que le logiciel, c’est moi qui l’ai fait. Donc, je sais ce qu’il vaut et aussi, quelles sont ses limites. Il faut vraiment pouvoir tout maîtriser de A à Z dans ce type d’examen pour être suffisamment en confiance pour « et bien là, oui, là je vois telle chose, elle existe réellement, et ça colle exactement avec les symptômes que le patient présente ». Ça demande une grande expertise, c’est pour ça que c’est difficile de trouver des gens qui peuvent pratiquer ce genre d’examen.

 

Sébastian Van Teslar AFTC IDF : peut-on essayer de normer l’IRM TD

Un expert judiciaire plutôt favorable aux victimes m’a indiqué que la technique du tenseur de diffusion n’était pas normée et ne pouvait pas être utilisée dans les procédures judiciaires. 

Pr. Denis DUCREUX:

C’est difficile tant que la technique n’aura pas été reconnue par la communauté et puis après, l’Assurance Maladie, il n’y aura pas de norme. De la même manière, quand vous faites une IRM, il n’y a pas de norme non plus sur les séquences qui sont produites. Donc c’est extrêmement compliqué, il n’y a pas de norme. Les acquisitions, les post-traitements, les analyses qui sont faites, dépendent de la personne qui fait tout ça, donc c’est très inégal en termes de résultats et donc de qualité ; on ne peut pas normer.

 

En terme de reconnaissance, on est toujours au point zéro!

Jean-Philippe : Si je comprends bien, on est toujours aussi désarmé qu’il y a 15 ou 20 ans quand on est « trauma léger » et quand on n’a pas récupéré ! il y a quand même une partie des personnes qui va perdre son emploi parce que d’une part, elles ne sont plus capables de faire et d’autre part, la médecine dit « mais vous n’avez rien, …ce sont des problèmes psychiatriques ».

En 2003-2004, je n’avais pas 60 ans, à défaut de récupération, la médecine y a vu successivement : la sénilité, le burn-out, la simulation en lien avec des difficultés professionnelles… Et puis au final, des problèmes  psychiatriques.

Pr. Denis DUCREUX :

Le problème, c’est que les gens ne connaissent pas ça, tout simplement. Les médecins ne connaissent pas. En plus, il y a deux camps dans les médecins. Il y a les médecins des assurances et il y a les médecins qui sont dans le camp des patients. Il y a beaucoup de difficultés à établir les choses de manière stricte. Il y a une étude qui a été faite aux USA, qui a commencée sur les traumatisés crâniens, les joueurs de rugby, qui a mis en évidence plein de choses, bon, c’est aux USA (!) le temps que ça arrive en Europe et en France en particulier c’est compliqué. Donc, pourquoi on vous dit ça c’est tout simplement parce que les gens qui vous disent ça n’y connaissent rien. Il faudrait que tout le monde soit éduqué, que dans les facultés de médecine, on parle du traumatisme crânien léger et qu’on montre des cas qui montrent ce que ça fait sur le cerveau. Donc oui, on ne voit rien à l’IRM et oui, il y a des choses à voir, qu’on ne peut pas voir si on n’a pas les bons outils. Et comme les outils sont difficiles à maîtriser, et bien il y a peu de personnes qui peuvent les maîtriser donc la difficulté elle est là. Ce n’est pas connu, ce n’est pas reconnu, parce que les outils utilisés sont très complexes.

 

Un IRM plus puissant ne sert à rien sans la personne qui sait l’utiliser correctement 

Sébastian Van Teslar AFTC IDF: Est-ce que des IRM morphologiques avec une puissance plus importante pourraient permettre de déterminer les lésions testées ?

Pr. Denis DUCREUX :

Oui, plus on va augmenter en champs, plus on va avoir de sensibilité pour détecter l’hémorragie, donc, les petits points noirs qu’on a vu sur ma présentation à l’IRM. Maintenant, quand on ne voit rien, y a pas de points noirs, y a pas d’hémorragie, c’est pas parce que on va avoir une IRM même de 7 ou 11 Tesla qu’on va voir quelque chose. Après, il faut passer à d’autres techniques. Et là, c’est pareil, plus on va avoir une IRM avec un champ élevé et plus on va voir des détails qui sont fins. Ce qu’il faut savoir, c’est que même avec une IRM clinique classique que vous avez dans les cabinets de radiologie, pour peu qu’elle soit bien optimisée et bien on peut avoir des résultats qui sont tout à fait corrects. Au Kremlin Bicêtre, je travaillais sur une IRM 3 Tesla, où j’avais des résultats qui étaient superbes. Là où je travaille actuellement dans une clinique, c’est une IRM 1,5 Tesla. Je l’ai optimisée au maximum, et les images de ma présentation lorsque vous avez vu les cerveaux qui tournaient, l’IRM du traumatisé crânien vs le sujet normal, sont obtenues avec 1,5 Tesla. Ce sont des images splendides, qui permettent de faire le diagnostic et ça c’est utilisable sur des IRM qui se trouvent partout en France. Maintenant, là où il n’y a pas partout en France, c’est la séquence que moi j’ai mis sur l’IRM et le logiciel que j’ai utilisé pour pouvoir produire ces images. C’est une question d’expertise. Savoir ce que l’on fait permet d’avoir des résultats que les autres, en France, ne peuvent pas obtenir, tout simplement. Le frein, il est vraiment là, même, on peut aller partout, ce n’est pas parce qu’on a l’IRM la plus puissante, si la personne ne sait pas l’utiliser comme il faut, et bien ça ne sert à rien.

 

Reconnaissance rime avec connaissance, mais les experts  sont rares

Jean-Philippe : Est-ce que vos logiciels sont disponibles pour les hôpitaux qui seraient intéressés ?

Pr. Denis DUCREUX :

Oui, maintenant, il y a peu d’hôpitaux qui utilisent ces logiciels. Après, il n’y a pas que moi qui fait des choses comme ça, ce n’est pas la question. Le message c’est que, oui ça n’est pas reconnu parce que les gens ne connaissent pas la pathologie, ne savent pas réellement ce que c’est et pourquoi c’est comme ça et bien parce que pour savoir réellement ce que c’est, il faut être un expert du domaine, et des experts du domaine, il n’y en a pas beaucoup, tout simplement. Il faut aller vers des gens qui savent réellement ce que c’est qu’un traumatisme crânien léger, quels sont les impacts que ça a. La problématique elle est là. Et puis, la reconnaissance auprès des tribunaux, des assureurs, tout va dépendre de la généralisation de ces choses-là. Il y a dix ans on disait « dans dix ans ça aura changé », il y a cinq ans on disait « dans cinq ans ça aura changé », on est en 2021, les choses sont toujours pareilles, ça viendra, maintenant, je ne peux pas vous dire quand. De mon expérience, ce que j’ai auprès des patients, le plus important dans un premier temps c’est de savoir pourquoi on a ces symptômes-là. Ces techniques peuvent apporter une réponse. Dans un deuxième temps, c’est « qu’est-ce que je peux faire pour m’améliorer », et bien les exercices dont je vous ai parlé et dans un troisième temps, effectivement, « je veux que mon handicap invisible soit reconnu et là je vais devant les tribunaux ». Là en revanche, c’est un autre problème beaucoup plus compliqué.

Les Association de patients ont un rôle à jouer dans la diffusion de l’information

Jean-Philippe : Mais, malgré tout, cette absence de connaissance fait beaucoup de dégâts lorsqu’on considère que : « vous n’avez rien », « faites un effort supplémentaire », alors que vous êtes déjà à la ramasse, c’est déprimant, On finit par se demander si effectivement on ne relève pas du champ de la psychiatrie ! Et dans les familles, quand on revient d’une visite médicale ou on dit « vous savez, si votre conjoint faisait un effort, il n’y aurait plus de problème », ça crée quelques difficultés…

Pr. Denis DUCREUX :

C’est tout l’intérêt de votre association et des autres associations de patients, justement. C’est de faire connaître et diffuser l’information, de savoir que les symptômes que les gens ont ce n’est pas du chiqué, ça ne relève pas de la psychiatrie. Ils ont ces symptômes là parce qu’ils ont des lésions. Même si on ne les voit pas, elles sont là. Tout ça, c’est très important, à mon sens, les choses changeront lorsque effectivement un maximum de patients qui ne sont pas des médecins auront reçu cette information et feront bloc pour que les choses changent auprès des instances. Pour moi ce qui est important, c’est que les patients puissent trouver des personnes qui les écoutent, qui leur expliquent les choses, et qui les guident en leur donnant des conseils, aller voir tel neuropsychologue par exemple, qui permet de faire un bilan précis, aller voir tel thérapeute qui va vous permettre d’aller mieux, de travailler sur vos problèmes de concentration, aiguiller les patients pour qu’ils aillent mieux. Votre association est fondamentale et les autres aussi

 

Question anonyme : Est-ce qu’il y a un moyen de créer un fichier de ces médecins qui s’y connaissent ?

Pr. Denis DUCREUX :

Non, ce n’est pas éthique, donc non.

 

Eliane AFTC 06 : Je voudrais savoir, Monaco qui fonctionne beaucoup avec toute la région PACA, qui dépense beaucoup en matériel, est-ce qu’ils ont, eux, l’appareil, tout ce qu’il faut pour réaliser des IRM à tenseur de diffusion pour un trauma crânien. Monaco est CHU.

Pr. Denis DUCREUX :

A Nice, je pense que oui, je ne peux pas vous répondre et Monaco, je ne sais pas.

 

Trop de personnes sont orientées à tort en psychiatrie après TC…

Eliane AFTC 06:  Pour la psychiatrie, il existe un congrès mondial sur les troubles du comportement chez les traumas crâniens. Il y a quelqu’un qui est très spécialisé qui y participe, il s’appelle le Docteur PLANTIER, il se trouve sur la presqu’île de Gien (hôpitaux dirigés par Lyon). Est-ce qu’on pourrait insister là-dessus car on envoie trop souvent les traumas crâniens en psychiatrie, on ne s’occupe surtout que des neuroleptiques et benzodiazépines qui, on le sait très bien, abîment les neurones.

Pr. Denis DUCREUX :

Alors, je ne suis pas Psychiatre, donc je ne peux pas vous répondre sur la psychiatrie ; c’est vrai qu’on donne des médicaments dans certaines circonstances, pour les antidépresseurs par exemple, quand il y a une véritable dépression. Le médicament, il n’est pas là pour soigner, il est là pour passer un cap difficile. Le problème c’est qu’après, on peut rester enfermé dans cette thérapeutique, donc faut en sortir. Je ne peux pas vous répondre, moi je ne suis pas psychiatre, je ne vais pas sur ce terrain-là. C’est vrai que c’est plus facile, peut-être, de dire que les traumatisés crâniens relèvent du champ de la psychiatrie mais c’est tout simplement aussi parce que les gens ne savent pas que si les traumatisés crâniens légers ont ces symptômes c’est qu’ils ont des lésions dans le cerveau. C’est la première raison et les lésions, là où elles sont situées, entrainent des troubles. Comme je vous dis, c’est un problème de connaissance, tout simplement, de savoir. Il faut trouver des gens qui sont compétents dans plusieurs domaines et qui savent qu’à tel endroit du cerveau, il y a telle fonction cérébrale et si c’est endroit est abîmé et bien c’est normal qu’il y ait des symptômes.

 

 Jean-Philippe : C’est phénoménal le nombre d’études réalisées sur l’IRM tenseur de diffusion. Depuis 10 ans,  plusieurs Etats américains ont reconnu l’IRM tenseur de diffusion comme une méthode susceptible de faire des diagnostics, donc là, on est au cas par cas, on n’est pas dans une logique de normer des méthodes. Je veux bien croire que ça évolue tous les jours dans la mesure où on a des outils de plus en plus puissants mais à chaque fois on va trouver des spécialistes en nombre restreint.

Pr. Denis DUCREUX :

En fait, pour normer, la seule solution dans l’avenir, à mon avis, c’est de passer par l’intelligence artificielle. Dès l’instant où il y aura un ordinateur, lui est totalement impartial, son œil qui est toujours aiguisé, qui va aller repérer les petites anomalies pour pouvoir analyser les images des patients, là, il n’y aura plus de problème. Tout sera normé, tout sera carré. Ce n’est pas encore pour tout de suite car comme c’est extrêmement complexe en termes d’imagerie, ça va venir, à mon sens, c’est la seule possibilité, ne plus passer par l’humain.

 

Jean-Philippe : Il faudra quand même trouver les scientifiques qui voudront bien se mettent d’accord pour établir la norme.

Pr. Denis DUCREUX :

Oui, justement, ça sera l’occasion de, là on ne pourra pas dire, « moi, je vois les choses comme ça, toi, tu les vois différemment, etc ». Tout le monde se mettra d’accord, il y aura une norme, elle sera appliquée de manière tout à fait impartiale par un ordinateur. A mon sens, c’est ça l’avenir. L’humain n’est pas forcément très carré. Il y a trop de suggestibilités possibles.

 

L’examen IRM TD est inutile dans les trois mois suivant le traumatisme crânien

Philippe : Un traumatisé crânien, accidenté de la route, il est pris tout de suite en charge, les premiers scanners, IRM conventionnels ne donnent rien. Si un IRM tenseur de diffusion était fait dans la foulée, et le diagnostic posé très précocement, quelle pourrait être la nature des traitements ? Ça pourrait être des interventions chirurgicales qui pour l’instant ne sont pas faite ?

Pr. Denis DUCREUX :

Non. Ce qu’il faut savoir, avant 3 mois (après l’accident), ça ne sert à rien de faire une IRM Tenseur de diffusion parce que quand on a un traumatisme crânien, le cerveau va mettre 3 mois pour montrer le maximum de zones lésées. Donc faire une IRM tenseur de diffusion au début quand on a le traumatisme crânien tout de suite, ça ne sert à rien parce que les choses vont changer dans les 3 mois qui viennent.

Après ces 3 mois, il y a 18 mois où le cerveau va essayer de se réparer tout seul, donc faire l’IRM tenseur de diffusion à ce moment-là, c’est possible, c’est intéressant, mais ça ne va pas préjuger de l’avenir.

Donc, ce n’est qu’environ deux ans à deux an et demi après le traumatisme, quand les symptômes sont vraiment consolidés, ne bougent plus, que là, l’IRM tenseur de diffusion va être intéressante parce qu’elle va permettre de pointer du doigt où ça pêche et va permettre de donner des voies thérapeutiques pour améliorer. On peut faire aussi ça dans l’intervalle 3 mois à 2 ans, on va pouvoir axer, faciliter, accélérer la récupération en proposant des exercices, des thérapeutiques à faire. Comme je vous le disais, il peut y avoir des symptômes qui pendant ces 18 mois ou apparaissent, ou alors ne s’améliorent pas. La chronologie c’est ça, 3 mois, 2 ans, 2 ans et demi et puis après tout le reste de la vie. Là où ça va avoir le maximum d’informativité, où on devrait le faire, c’est 2 ans après le début du traumatisme parce que ça permet de faire un état des lieux bien précis et de proposer une thérapeutique adaptée. A 2 ans après le traumatisme, a mon sens, c’est là où il faut faire le tenseur de diffusion.

Deuxième partie de la question : non, il n’y a pas d’intervention chirurgicale dans la mesure où ce sont des lésions qui sont microscopiques, donc, on ne peut rien faire, en fait du point de vue de la chirurgie et surtout, il ne faut rien faire ! Par contre, quand on a de gros hématomes comme je l’ai montré dans ma présentation au début, là oui, il y a la neurochirurgie mais s’il n’y a pas de lésions visibles en scanner ou à l’IRM conventionnel, surtout, il ne faut rien faire. Faut faire que des exercices.

 

Un accompagnement par le Pr Ducreux serait envisageable 

Sébastian Van Teslar AFTC IDF: Je voudrais savoir si le Professeur DUCREUX fait des expertises en tant que médecin conseil ?

Pr. Denis DUCREUX :

Non, je ne fais pas d’expertise. Tout ce que je fais, ce sont des analyses pour les patients.

 

Sébastian Van Teslar AFTC IDF ; Et vous ne souhaiteriez pas éventuellement venir en appui d’un médecin conseil pour apporter votre savoir très pointu ?

Pr. Denis DUCREUX :

Alors, on me l’a proposé une ou deux fois et finalement, au moment d’y aller, ça ne s’est pas fait. Pourquoi pas, sachant que j’ai quand même un emploi du temps relativement contraint.

 Contact mail pour le Pr D Ducreux: pr.denisducreux@icloud.com

 

Remerciements chaleureux de notre association cassetete22 Entraide TC au Pr Denis Ducreux qui a accepté de passer son samedi matin avec nous, pour son exposé passionnant, ses propos clairs et sans compromis.

Merci à Frédéric qui a fait la retranscription et au Pr  D. DUCREUX qui a  relu le texte.

 

Questions- réponses du Pr Ducreux en version pdf, téléchargeable.

 

Pour comprendre l’IRM cérébrale fonctionnelle pour les victimes de traumatisme

 

 

Résultats de la tractographie cérébrale effectuée chez un patient victime de traumatisme crânien comparé à un sujet sain. La tractographie est une technique d’imagerie médicale issue de l’IRM permettant de voir in vivo les fibres de substance blanche du cerveau, fibres qui sont généralement lésées lors de pathologies telles que le traumatisme cranien. Les zones entourées d’un cercle pointillé correspondent aux zones ou le cerveau a été lésé par le traumatisme, avec moins de fibres de substance blanche, et des fibres altérées, et sont comparées aux mêmes zones observées chez un sujet exempt de traumatisme.

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